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Piotr SZUREK

Né en 1958 à Steszew en Pologne.
Diplômé en 1987 de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Plastiques de Poznan,
il est aujourd'hui professeur à l'Académie des Beaux-Arts à Poznan et à l'université de Zielona Gora.

EXPOSITIONS PERSONNELLES
Galerie 72 - Poznan 1989
Galerie Koralewski - Paris 1990 / 1991 / 1993 / 1996 / 1998 / 2002 / 2004
"SAGA" - Galerie Koralewski - Paris 1991
Galerie Simoncini - Luxembourg 1992 / 1997 / 2002
Fondation René Carcan " Bruxelles 1994
Galerie T.G.P. - Frouard / Nancy 1994
Galerie Graftki Garbary 48 - Poznan 1995 / 1999
Musée Régional - Steszew 1995
Centre Culturel de la Haute Silesie - Katowice 1997
Wieza Cisnien - Konin 1998
BWA - Bydgoszcz 1999
Galerie Miejska " Arsenal " - Poznan 2000
Institut Polonais - Paris 2000
Galerie Municipale - Kharkov (Ukraine) 2000
Espace Saint-Louis " Bar-le-Duc 2001
Samlargrafik - Kristianstad (Suède) 2002
Galerie " U Jezuitow " - Poznan 2002
Galerie " Biblioteka" - Université de Zielona Gora 2002
Algarden - Bores (Suède) 2002
Galerie Lillebonne - Nancy 2003
Galerie Koralewski, Paris 2004
Espace d’Art Contemporain "Carré Vauban“, Longwy 2004
Galeria Pokusa, Wiesbaden 2006
Galeria Nowy Wiek, Muzeum Ziemi Lubuskiej, Zielona Góra 2007
Galerie „Biblioteka“ – Université de Zielona Gora 2008
"Grafika,rysunek,malarstwo-z doswiadczen artysty" Université de Zielona Gora 2008
Galerie Simoncini 2009
Galerie Koralewski, Paris 2010
Galerie Lillebonne - Nancy 2010
Galerie Pokusa - Wiesbaden 2010
Galerie Koralewski, Paris 2014

EXPOSITIONS COLLECTIVES
Biennale Internationale de Gravure - Cracovie 1988
Graveurs de Poznan, Galerie Kubus - Hanovre 1989
"Découvertes", Galerie Koralewski - Paris 1991
"Pour saluer le Dessin", Musée Ingres - Montauban 1991
Triennale Internationale de Gravure - Cracovie 1991/ 1994/ 2000
" École de Poznan ", Institut Polonais - Paris 1991
SAGA, Galerie Koralewski - Paris 1992 / 1993 / 1994 / 1997
" Contre Allée ", Galerie Piltzer - Paris 1993
" FIAC " , Galerie Koralewski - Paris 1993 / 1998
" Autoportrait ou Miroir Éclaté", Fondation Coprim - Paris 1994
Triennale de la Gravure Polonaise - Katowice 1994 / 2000 / 2003
Biennale Internationale de Gravure - Seoul 1994
" SIAC " , Galerie Koralewski - Strasbourg 1995
"Art Strasbourg", Galerie Koralewski - Strasbourg 1996
Grafik ausser format, Galerie Kubus - Hanovre 1996
" Vis à Visage ", Fondation Coprim - Paris 1996
"Illuminations", Latitude 53 Gallery - Edmonton (Canada) 1997
" Coup de Coeur", Espace Cardin - Paris 1997
"Illuminations", Triangle Gallery - Calgary (Canada) 1998
Prasentation, Institut Polonais - Berlin 1999                              
Polish Graphie Art, Sakaide Civic Art Museum - Sakaide 1999     
Biennale Internationale de la Gravure - Ljubjana 1999
2 Biennale de l'Estampe d'Ile-de-France - Versailles 1999
Grands et Jeunes d' aujourd'hui, Espace Eiffel Branly - Paris 2000
" Pourquoi vous faites cette tête ? ", Galerie S. Puget - Paris 2000
" Préludes, Préludes...", Galerie Koralewski - Paris 2000 :
" Reminiscenser", Institut Polonais, Stockholm (Suède) 2001
Art Paris, Carrousel du Louvre, Galerie Koralewski – Paris 2000 /2001 /2003 / 2004
Collection Haubenstock, Musée National - Cracovie 2001
ST 'ART , Galerie Koralewski - Strasbourg 2002 / 2004
Graphica Creativa '02 – Jyväskylä (Finlande) 2002
Polish Graphie Art, Edinburgh Printmakers - Edinburgh 2002
Japon- Pologne, Centre de l'Art et de la Technique Japonaise, Manggha - Cracovie 2003
Concours International de Dessin - Wroclaw 2003
Art et Presse - des Graveurs Contemporains Polonais - Cremona (Italie) 2003
Triennale Internationale de l’Art - Majdanek 2004
Collection ASP - Galerie de l’Academie des Beaux - Arts de Poznan 2004
St’Art – Foire d’Art Contemporain de Strasbourg, Strasbourg 2004
“Bez Klucza”, Kupiec Poznanski, Poznan 2004
2004VII Miedzynarodowe Triennale Sztuki, Majdanek 2004
"Kolekcja ASP” wystawa pedagogów ASP w Poznaniu 2004
Japonia – Polska, Zamek Lubelski, Lublin 2004
 Vision des Ténèbres, Muzeum  Archidiecezji Warszawskiej, Galeria Miejska Czestoehowa, Muzeum Narodowe  Gdansk 2004
II Miedzynarodowy Konkurs Rysunku Wroc?aw 2003, Miejska Galeria Sztuki,Czestoehowa 2004
Miedzynarodowy Festiwal Sztuki „Sarajewska zima”, 5 TGP – Katowice, Sarajewo 2004
Japonia – Polska, Galeria ASP w Lodzi, Lodz 2004
Konkurs na rysunek im. Andriollego, Na 2004
5 TGP Miskolec (Wegry) 2004
ART Paris, Foire d’Art Moderne et Contemporain, Paris 2004
Art Poznan – Targi Sztuki, Stara Rzeznia, Poznan 2005
Impact – Kontakt – wystawa pedagogów Katedry Grafiki ASP w Poznaniu, Stary  Browar, Poznan 2005
Hommage à Fabian Cerredo, Galerie Koralewski, Paris 2005
Ogólnopolski Konkurs na Rysunek im. Andriollego, Galeria Vetter, Lublin 2005
Freiheit und Verantwortung, Universitat der Kunste, Berlin2005
St’Art Foire d’Art Contemporain de Strasbourg, Galerie Koralewski 2005
Triptyque , Hotel de Ville, Angers 2006
Art Paris, Grand Palais, Galerie Koralewski, Paris 2006
Triennale Grafiki Polskiej, Katowice 2006
Miedzynarodowy Festiwal Sztuki Graficznej, Centrum wystawiennicze, Saint Petersbourg 2006
Wyk?ad „Autoportret-odkrywanie maski“, Rosyjska Akademia Sztuki, Wydzial      2006
Wyk?ad „Autoportret-odkrywanie maski“, Centrum Wystawiennicze Zwiazku   2006
Artystów Federacji Rosyjskiej, Saint Petersbourg 2006
Accrochage, Galerie Koralewski, Paris 2006
Poznan w Gdansku,Galeria Aula, ASP w Gdansku 2006
Gdansk w Poznaniu, Galeria Slodownia,Stary Browar, Poznan 2006
Visage ou portrait? Galerie Univer, Paris 2007
Artysci Galerii Nowy Wiek, Muzeum Ziemi Lubuskiej,Zielona Góra 2007
Tozsamosc Grafiki,Wschodni Salon Sztuki, Lublin 2007
Graficzny Bialystok,Tozsamosc Grafiki,Galeria Spodki,Bialystok 2007
Wspolczesna Polska Grafika i Rysunek, Galeria Sztuki,Sopot 2007
Polish Prints, Galeria DIELE,5 Impact,Tallinn, Estonie 2007
Transgraphic,Eastern European Print Art ,Hangaram Art Museum, Seoul Art Center, Corée 2007
Poland-Japan, Internationale Grafiek Manifestatie, Galerie Werskade, Hoogezand, Pays-Bas 2007
Visage ou portrait ?Univer, Paris 2007
Grafika z poznanskiej ASP Cluj-Napocca Roumanie 2008
"Le Visage qui s'efface, de Giacometti à Baselitz " , Hôtel des arts de Toulon, 2008
Corps et âme, Galerie Koralewski 2009
Grafika – My dzisiaj, Galeria ASP
Aula, Akademia Sztuk Pieknych w Poznaniu 2009
Grafika Polska – Sztuka i Edukacja, Towarzystwo Przyjaciol Sztuk Pieknych, Palac Sztuki, Krakow, wystawa towarzyszacaMTG w Krakowie 2009
Biennale Internationale de Gravure– Dry Point, Uzice, Serbia 2009
Kolekcja ASP Poznan, Galeria Akademicka, Poznan 2009
„Obecnosc linii – punkt wyjscia. O rysunku jako samodzielnej dyscyplinie artystycznej“, Akademia Sztuk Pieknych, Wroclaw 2009
Kolekcja Artoteki Grafiki Biblioteki Sztuki UZ, wystawa towarzyszaca MTG w Krakowie, Galeria Uniwersytetu Zielonogorskiego, Zielona Gora 2009
"Art Pologne Aujourd'hui", Archives départementales d'Eure-et-Loir, Chartres 2010

Piotr Szurek

TEXTES


Visage(s) du Même, chemin vers l'Autre ?

Du dessein de Narcisse, aux traits de Piotr Szurek ... et à tous
ceux auxquels ils sont destinés.

Non, il n'est pas de Thespies en Béotie, mais polonais, Non, il n'est pas le fils de la Nymphe bleue Liriopé, Sa mère n'a pas plus été violée par le dieu-fleuve Céphise, Je ne connais pas suffisamment sa vie personnelle pour assurer qu'il n'a jamais eu de relation tumultueuse avec une nymphe lui renvoyant seulement son ...Echo, Mais si Piotr Szurek n'est pas Narcisse et continue, à cinquante-deux ans, de nous (dé)livrer une œuvre d'autoportraits qui a encore de beaux jours devant elle, je prétends qu'il ne fera pour autant pas mentir le devin Tirésias : « Narcisse vivra très vieux à condition qu'il ne se voie jamais. »

Les visages de Piotr Szurek sont plus vivants et ressemblants que jamais - là, aujourd'hui, sous nos propres yeux ; mais n'est-ce pas précisément en ne parvenant jamais lui-même à y recréer et y voir totalement le sien qu'il(s) nous regarde(nt), nous autres, avec autant de force ?

Rendez-vous manqué. Le mot, maître-mot pour moi, a été employé par Itzhak Goldberg en ouverture d'un précédent catalogue des autoportraits - déjà, encore et toujours - de Szurek.

Rendez-vous manqué sur lequel il y a peut-être encore à dire ; à dire justement qu'y réside l'invitation, l'urgence, à regarder, là, dans le dessein narcissique manqué plus qu'ailleurs. S'y laisser prendre, surprendre droit dans les yeux, saisir dans les griffes acérées du trait.
Rendez-vous manqué avec soi qui permet ainsi de toucher un autre,

Seul rendez-vous qui compte, que celui qui laisse à désirer ...y revenir. Y revenir s'y
chercher et manquer encore de soi. Y trouver de l'autre, en soi-même, comme au
dehors.

Rendez-vous avec soi

Pourtant, Szurek a d'abord et encore pris rendez-vous avec lui-même jusqu'à vouloirmanifestement fixer cette rencontre-là au lieu de l'exactitude. Plus près que trait pour trait : œil pour œil. S'y chercher là, au seul endroit de son propre corps impossible à regarder soi-même et que le miroir inverse symétriquement. Et se le figurer pourtant, jusqu'à s'en mettre plein la figure, sans jamais rien maquiller. Mais se reprendre, reprendre rendez-vous, répéter pour se rendre. A l'envi. Sans merci, A l'obsession. Je n'ai même jamais vu des yeux qui restent aussi ouverts à l'instant même où le geste
et le trait acceptent pourtant, parfois, de les fermer.
Non, Piotr Szurek ne fermera pas les yeux tant qu'il ne s'y verra pas. Nous non plus,
Et vous ?

Sa nuque, gravée en 1987 ; une main droite, une main gauche, les siennes évidemment, dessinées seules en 2004 ; deux torses, autrefois bien cachés dans une remise secrète de l'ami Tadeusz Koralewski ; quoi d'autre a libéré Szurek de n'envisager que dévisager son propre visage ? Peu dire qu'il s'entête à son endroit, envers et contre tout, en face et auprès de qui ?

Rendez-vous manqué, mais repris ...

Et auprès de quoi d'abord ?

La matière. La planche, la plaque, l'encre, la presse, la feuille, la pointe ... autant d'objets extérieurs, de réalité concrète, d'altérité immédiate, qui cueillent le geste et ne s'en laissent pas conter comme ça, de cette entreprise toute-puissante de recréation de soi-même à l'infini.

C'est là que réside le risque pris - fou - d'aller tenter de s'y voir en commençant par s'y coller, s'y colleter non pas seulement sur un terrain de pure représentation mentale, toujours plus facile à accommoder du reflet de sa propre image ; mais dans l'agir, le faire et la confrontation avec une matière qui impose immédiatement une limite, terriblement frustrante, mais éminemment salvatrice pour qui sait la recevoir.
Evidence, dites-vous, Evidence propre aux arts plastiques que d'être création, transformation du réel et non pas sa simple représentation de mots ou de signes, Evidence que de s'y battre autant avec le ductile que l'inéluctable dans la matière. Oui, mais précisément, cette évidence là n'est plus celle de Narcisse : lequel ne supporte que la ductilité sans limite pour terrain de sa quête, que le fluide et la transparence de l'eau jaillissant à la source ; seuls garantissant d'y retrouver un objet à ce point proche du sujet, qu'il en est le double et que l'un comme l'autre se perdent, aussitôt cette réparation rencontrée.

Le trait de la main et de la pointe, sur un support qui résiste, n'est pas de l'eau claire sous les yeux, ni des mots creux plein la bouche. II marque, II encre. Il inscrit une limite. Il acte. Il décide. Il sépare, II grave, aggrave et noircit cette séparation en figurant que je ne parviens jamais totalement à dessiner mon dessein.

Plus facile de rechercher le reflet éblouissant des flashes et projecteurs ou de se lancer dans l'autofiction, éditée ou mise en ligne... La lumière, les mots et les signes ont ça de commun qu'ils offrent l'illusion de pouvoir réduire à la transparence tous les contrastes du réel singulier. Tous les adolescents - et tant d'adultes, du moins à l'état civil - ne cessent de nous instruire de cette inquiète vérification, obsessionnelle et narcissique, de leur propre image dans le miroir d'abord, puis au tain plus ou moins accommodant des reflets d'eux-mêmes que leur consent la société du spectacle. Et celle-ci leur promet du "net" désormais, du mimétisme virtuellement intégral où aucune altérité incarnée ne vient les inquiéter dans leur asphyxie effrénée d'eux-mêmes.

Mais laissons Narcisse à la scène médiatique contemporaine et à Facebook. Et posons,
avec Szurek, la question qui vient juste après, pour celui qui veut survivre en rencontrant l'altérité :

Comment le sujet-créant peut-il supporter de graver ainsi de ses propres mains, et du plus noir trait dans une réalité indélébile, la séparation de l'objet-créé, quand il éprouve au contraire le besoin initial de se réparer en fusionnant avec lui pour y trouver son propre visage ?

Comment Piotr Szurek supporte-t-il cette perte d'un objet si proche qu'il s'y joue lui-même et qui n'existera précisément comme objet réel qu'au prix de la défiguration ?...qu'au prix de la traversée du miroir pour nous atteindre, nous laisser une place entre lui et lui-même, Qu'au prix de l'encre noircissant la transparence de l'eau claire et éteignant nécessairement son reflet. Comment Piotr Szurek ose-t-il reprendre systématiquement rendez-vous àl'endroit même où il ne peut que perdre la face ?

C'est peu dire qu'il la perd, qu'il la griffe, la strie, la raye, la scarifie, l'assaille, la larde, la taille et l'entaille, la lacère, Elle crie, pleure, coule, ruisselle, convulsé de n'en plus pouvoir sortir un hurlement même bouche ouverte et gorge déployée, Elle cherche le regard, le supplie et l'implore. Elle trouve le secours d'une ou des deux mains, leur support, leur repos, leur caresse, leur étau qui serre et enserre, Se résigne au silence, s'en va, nous quitte. Elle meurt, disparaît, s'élève, trouve à se suspendre, flotte, lévite, Elle ne peut plus que s'halluciner.

Au milieu de la création même, de l'obsession c'est connu : la destructivité. Szurek se veut, découvre qu'il s'en veut, qu'il va falloir s'y faire, en découdre, pour se faire, Mais il y revient, S'accroche à son objet, se préserve lui-même sujet-créateur, maintient la tension, palpable, d'une séparation qui permet justement à la relation d'avoir lieu. De naître, tendue, violente, terrible, tragique, mais vivante.

Sans aucun recours au verbe, au moindre titre pour convoquer un accommodement facile au moment de perdre la face, sans glissement vers l'abstraction, sans tentation de figures anonymes ou diluant du moins le singulier pour y être sûr de s'y voir partout, ...le miracle se produit, à chaque fois, ainsi qu'Itzhak Goldberg l'a encore saisi : « Presque malgré la volonté de Piotr Szurek (mais est-ce possible ?), derrière un rideau déchiqueté qui recouvre la figure représentée, au milieu d'un fouillis en apparence chaotique, la face, sa face, ressurgit. »

Au rendez-vous d'un autre ...

Sa face ressurgit ? L'une d'elles du moins, Jamais la même, jamais le Même. Au rendez-vous de l'Un, du fantasme de sa face, qui s'efface, surgit le volte-face du multiple de ses faces, Aucune n'en dit tout. Certainement qu'aucune n'épuise totalement l'expression dans laquelle il lui plaît se voir et peut-être se reconnaître, puisque il désire manifestement continuer à s'en créer et s'en découvrir de nouvelles, Mais toutes témoignent singulièrement, partiellement, autrement, en conservant la mémoire réelle, gravée, d'un instant de visage ; un instant, une expression qui laisse encore s'échapper, insaisissable, celui qui s'y cache et s'y cache peut-être de lui-même.

Moins cliniquement anatomiques, moins minéraux que dans les gravures du début des années 90, les visages de tous ces autres Szurek revivent de plus en plus, organiques dans les couleurs de terre, célestes dans la lumière bleue, sanguins dans leurs blessures ; charnus, charnels et acharnés même en ce qu'ils sont aussi crâniens. Cartographie infiniment singulière du paysage de la tête, sismographe de l'expression subjective, vue aérienne de l'univers cérébral, contours des dessous du masque.

Et puis silence, Sérénité parfois. Claustrophilie, souvent, dans le regard de cet autre, qui n'est pourtant que là, accroché devant moi.

Mais enfin, ... trouble à s'y voir soi finalement. Et à laisser se refermer sur moi, maintenant, le piège narcissique que Piotr Szurek me tend, en le déjouant pour lui-même.

S'il voulait commencer par s'y voir, il est surtout parvenu à ce que cela nous regarde.

Frédéric Bellanger
Mars 2010

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Piotr Szurek ne pratique que l’autoportrait, par le moyen du dessin et de la peinture (technique mixte sur papier) et par celui de la gravure (aquatinte), mode d’expression dans lequel il est passé maître. L’obsession de l’autoportrait n’a rien d’exceptionnel, si l’on songe près de nous, à Cindy Sherman, Arnulf Rainer ou Roman Opalka et, plus loin évidemment, à Rembrandt. Mais Cindy Sherman pratique la photographie et joue des rôles : ce n’est pas elle-même qui est en jeu. Arnulf rainer s’est essentiellement intéressé au visage en tant que son propre masque mortuaire. Quant au cheminements lointainement symétriques de Rembrandt et Opalka faisant progressivement basculer leurs visages, l’un dans le noir et l’autre dans le blanc - toujours la mort, ils n’ont rien à voir avec la démarche de Szurek qui, avec une énergie farouche, s’analyse en train de vivre avec violence. A l’observateur tenté de poser la question de la “ressemblance”, on peut répondre que ces visages sont en effet toujours et encore Piotr Szurek, mais que ce n’est pas l’essentiel : en prenant la version italienne du mot autoportrait, autorittrato, on est tenté de dire que les visages torturés, crachant parfois on ne sait quelle bile, de Szurek, sont des autoretraits. L’artiste ne s’observe pas à la manière de Dürer fixant scrupuleusement un miroir, il prend une distance certaine par rapport à lui-même au contraire, sans du tout exclure de beaux effets de dessin. L’organisation des traits et des courbes n’apparaît pas, en effet, comme une attaque du visage mais plutôt comme une interrogation. Qui donc est cet homme ? L’artiste n’a pas la réponse, et s’il lui arrive de sourire quand on le photographie, ce n’est jamais le cas dans ses autoportraits. C’est que la question est grave, et exige d’être posée avec gravité.

Jean-Luc Chalumeau
dans “Art Pologne Aujourd’hui”, janvier 2010

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Piotr Szurek
Face au miroir

Piotr Szurek se regarde dans le miroir de sa peinture. Voilà plusieurs années que l’artiste se fait l’exégète de son propre visage. Obsessionnel, récurrent, il identifie une œuvre singulière, parce que résolument introspective d’une intimité de l’âme, comme seuls osèrent l’affronter dans le passé quelques grands noms : Rembrandt, et parmi les contemporains, Roman Opalka, Arnulf Rainer, avec lesquels Szurek partagent cette détermination à violer son image pour mieux s’en emparer. Le geste est puissant, et l’écriture rageuse. La ressemblance est d’abord dans l’expression psychologique aussitôt rattrapée par une morphologie au mimétisme évident. Chez cet artiste, d’origine polonaise, le dessin est une activité indissociable d’une interrogation existentielle qui vaut comme postulat. Sa vocation s’enracine là où s’impose l’urgence à juguler le temps. Le graphisme y pourvoit avec une énergie, une vitalité ardente qui caractérisent ses gravures et toutes ses œuvres sur papier. Le noir de l’encre est griffé, strié, taillé par une pointe aiguë qui creuse la plaque, à la rencontre des premières lignes qui tentent d’approcher la figure dans ses différents états. La gravure connaît des états successifs jusqu’à l’ultime tirage. Figurer et défigurer sont la même action pour celui qui ne peut tricher, ni avec une technique qu’il maîtrise, et pas davantage avec son propre visage. Le dessin exige une sûreté de main égale. Gouache, aquarelle, lavis se mêlent avec une fougue qui exprime le chaos duquel s’extrait une présence dont on comprend l’efficacité à représenter une tête. Rien ne peut plus échapper au regard scrutateur de l’artiste sollicitant le nôtre. Les autoportraits de Szurek se situent entre un réalisme narcissique et de la mise en abyme volontaire d’une expression qui lui semble toujours insaisissable. Le fantasme cohabite avec l’imaginaire, et la mémoire avec la déperdition inhérente au temps qui passe. Le sujet dispense sa peur originelle. Les traits se tordent, se crispent, les yeux se ferment ou vous fixent, brutalement dissimulés par une main, tandis que le format ne montre plus que la partie haute du visage. Des ocres rouges, un rose, un bleu dispensent un sentiment organique renforcé par des coulures charnelles. Visage altéré, visage de supplicié, isolé dans un gros plan qui inscrit la douleur, le mal être, l’ivresse tragique et irréversible face au constat de l’inéluctable.

Lydia Harambourg
Mai 2010

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L'autoportrait, un face à face? On pourrait croire que cette rencontre intime entre l'homme et son double, offre toutes les garanties d'une attente parfaite, fusionnelle. En réalité, il s'agit d'un rendez-vous manqué car, dans un monde où les attentes, les joies, les frustrations, les craintes prennent toujours la forme d'un visage qu'on aime ou qu'on hait, qu'on respecte ou qu'on méprise, l'être humain ne connaîtra jamais le sien. Ou plutôt; il ne pourra le voir qu'indirectement, à travers un filtre spéculaire. Cette condition humaine est déjà remarquée dans la pensée théologique et clairement exprimée par Saint Paul: ,,À présent nous voyons dans un miroir et comme en énigme, mais alors ce sera face à face", Malheureusement, la vision parfaite promise pour un ailleurs divin n'est pas celle dont on jouit sur terre, L’impossibilité de se voir implique le questionnement, l'angoisse, difficilement avoués, quant au regard que les autres, tous les autres, portent sur nous.
C'est que l'impossibilité d'une prise visuelle, d'une ,,auto-captation" définitive nous est insupportable et fait naître le besoin pressant de vérifier notre propre image à toute occasion venue. Se chercher dans un reflet, se scruter dans un miroir, grimacer furtivement face à une glace dans l'ascenseur ou devant une vitrine ne sont que quelques ruses d'un répertoire sans fin. La ruse artistique, celle qu'emploie Piotr Szurek,est celle de la représentation. Depuis une quinzaine d'année, il dessine et grave ses propres traits, se mesurant inlassablement avec le seul modèle toujours à la portée de sa main et qui ne se dérobe jamais. Le fait n'est pas nouveau. Dürer, Rembrandt ou encore Van Gogh ont interrogé leur visage tout au long de leur existence. Pour eux, cette série ininterrompue d'autoportraits devenait la traduction picturale d'une autobiographie, une mise à nu de leur intimité.
L'œuvre obsessionnelle de Szurek s'inscrit dans cette tradition à contre-courant, presque a contrario. Ses autoportraits ne racontent pas de récits psychologiques, ne sont pas un arrêt sur image. Pas plus qu'ailleurs, dans ce jeu de miroirs de soi à soi, le regardant n'atteindra pas la prétendue essence du regardé;
La « vérité » qu'on attribue au visage n'est qu'une fiction rassurante parmi d'autres. De même, l'artiste se fait peu d'illusions quant à une retrouvaille miraculeuse, à un « trait pour trait » surgissant comme par enchantement. Pour autant, le mythe de Narcisse, où le visage oscille entre méconnaissance originelle et attirance irrésistible, perdure. Les effigies de Szurek ne renoncent définitivement ni au « noyau dur » de la ressemblance ni à leur «architecture », ne glissent jamais vers des figures anonymes qui se dissolvent ou s'effacent. Certes, parfois, elles ont une expression hallucinante, comme ayant traversé le miroir. Ailleurs, griffés, rayés, raturés, recouverts par des taches et des touches sombres, ces visages sont proches de ceux d'un Arnulf Rainer ou d'un Bacon. Pourtant la régularité des traits, la beauté d'une courbe, la perfection d'une structure ovale semblent mettre en doute une véritable volonté destructrice, un réel désir de déformation radicale. Tout laisse à croire que pour l'artiste, même au XXIe siècle, où nous prétendons que le sujet n'est qu'un prétexte, le visage, et surtout le sien, a droit à un traitement particulier. Presque malgré la volonté de Piotr Szurek (mais est-ce possible?), derrière un rideau déchiqueté qui recouvre la figure représentée, au milieu d'un fouillis en apparence chaotique, la face, sa face, ressurgit.

Itzhak Goldberg
août 2002

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« Dans les œuvres présentées cette année par la galerie Koralewski, les griffures ou les stries des précédents travaux s'infléchissent et deviennent des amorces de courbes, des portions de cercles qui font du visage un astre ceint d'anneaux. Le visage, la forme crâne, est une planète, un monde. Il entre donc dans le questionnement du visage L’idée que l’univers et les lois de la gravitation s'y retrouvent immanquablement. Tout le cosmos, régi par des lois comme par le vide, tout aussi bien, une force brute qui pousse à l’existence. La forme crâne n'est pas bleue comme une planète mais en orbite comme une orange, croisant parfois le parcours d'un autre visage - le même -, pris dans un identique mouvement de bascule, les gravures et dessins de Piotr Szurek résonant comme un appel à sortir de soi, un constat d'étrangeté.»

Arno Bertina
Rome, août 2004

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"Szurek est l'un des héritiers de cette admirable tradition de la gravure polonaise à la facture rigoureuse et l'imagination débridée, encline à l'étrange, au fantastique. Il l'enrichit d'une inspiration expressionniste qui a subverti la ligne-contour en trait-sismographe, les aplats en déflag­rations, les hachures en stridences. L'autoportrait comme schéma des égarements. Alors le modelé est l’occasion d'obscurs maculages, le volume motif à des impulsions frénétiques, les ombres prétextes à de formidables éclats. Le principe de l’image spéculaire, « Connais-toi toi-même », se décroche, brise, explose en fragments d'éclats variables. Szurek en morceaux. Szurek balkanisé. L'empire du Moi éclaté au profit de régions d'intensité. Loin devant, l'unité, inaccessible d'emblée, ..monde des choses futures" comme disait Henri Miller, à la fois critique des synthèses passées et promesse de réconciliations inouïes, à venir. Au petit théâtre de l'intériorité, moi je préfère les mappemondes de Szurek. Elles incitent non à percer le mystère, mais à le diffuser. Effet Szurek: après son oeuvre, les visages peu à peu se déplient comme la carte d'un fabuleux territoire, et l'on voit enfin l'âme comme une tache d'encre."

Pierre Corcos
Paris, juillet 1990

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Piotr Szurek
...et cette chair est visage.

"je ne lutte pas avec un dieu sans visage"
E. Lévinas
Totalité et infini

 

Haut et frêle traité d'apaisement est signé ici,
entre la patience du regard et la fébrilité des traits.

On saluera d'abord en cette oeuvre l'abrupt congé
qu'elle donne à nos prompts soucis d'expliquer.

La figure n'est plus réponse.
Comment y aurait-il réponse?
Seulement l'exigence de serrer au plus fort le noeud de deux questions:

Qu'est-ce qu'un visage?
Qui suis-je?

Rendons grâce à ces visages de diminuer ainsi la part du masque.
D'opérer le renversement, terme à terme,
des faux-semblants de notre face à face.

Giacometti, Bacon. On ne voit qu'eux d'autres, en ce siècle, qui aient à ce point
dénoncé la lâche complicité des miroirs.

Tout portrait est un autoportrait, écrivait Michaux.
Ce n'est pas rien que de redécouvrir ici l'inévitable corollaire: Je est un autre.

Tout commence par l'abstrait, par quelque texturologie aléatoire et frénétique.
Tout semble n'être que les plus serrées des figures du désordre.
Puis monte, monte doucement, inévitable, la ressemblance, l'adorable
et terrible reconnaissance.
On ne s'y dérobe pas.
Ces remous sont une chair, et cette chair est visage.

Visages récemment découronnés d'épines.
Constitués par leurs écorchures.
Résultantes de lacérations sans nombre.
Tissus de repentirs.
Chiffons de spasmes.
Dermes de drames.

Faces qui ne sont plus celles de personne.
Rappelera-t-on jamais assez que personna, en latin, signifie masque?

Dix mille giffles, vingt mille coups de griffes et de fouet, peuvent-ils constituer
un visage, un regard, une présence?

Chaque oeuvre: une rafale nommée visage,
Turbulence faite autoportrait.

Les gens croient que la peinture et récriture consistent à reproduire les formes
et la ressemblance. Non, le pinceau sert à faire sortir les choses du chaos.

Chi-Tao
Ce chaos, moi?
Chaos je suis.
Mais chaos qui résiste,
qui insiste,
qui signe, persiste.
Et qui fournit ici les pièces lui permettant de revendiquer son statut de présence.

Figurer, seulement possible, hélas, maintenant, et peut-être même depuis toujours
(mais pourquoi? mais comment?) en se défigurant.

Il n'est certes pas de plus grand crime que d'attenter au visage de l'homme.
Mais si l'attentat est attention,
et à son propre visage...

Ainsi, par la messe de l'autoportrait, le viol devient sacrifice,
et le massacre, offrande.

Il faudrait à présent rayer, raturer et fustiger ces lignes afin de les porter
à la secrète force de ces figures.
Il aurait fallu que ces mots puissent se serrer, bien droits et fermes sur le sens,
comme les doigts appuyant sur ces yeux.

Jusqu'au presqu'aveuglement...
Jusqu'à la vraie vue...

C'est-à dire ici.

Là où notre face est celle de nos envers.

Gérard Barrière
15 Août 1991

 

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