Voir les oeuvres de Paul de Pignol

Paul DE PIGNOL
Né le 7 novembre 1965 à Toulouse
Ancien élève de l’Ecole Nationale des Beaux Arts de Paris
dans l’atelier de Pierre Carron (1984-1991).

Expositions individuelles
2012 Les îles du corps et de l'espace, Galerie Koralewski, Paris
2009 Je suis dans la noirceur et j’entends ma puissance …
Galerie Koralewski
, Paris
2008 Les Vénus - Château de Nemours
2007 ART-PARIS, Grand Palais ; parcours sculptures -  Galerie Koralewski, Paris
2006 Galerie Koralewski -  Dessins / Sculptures , Paris
Carre Vauban – Dessins / Sculptures, Longwy
2003 Galerie Lillebonne Nancy
2002 Galerie Koralewski, Paris
2000 Galerie Fred Lanzenberg, Bruxelles
Expositions collectives
2011 Maison des Arts de Châtillon, avec Albert Feraud, Claude Abeille, Agueda Lozano.
Corps et âme
, Galerie Koralewski, Paris.
avec Nicolas Alquin, Axel Cassel, Roger Decaux, Gabriela Morawetz …
Coté jardin, Galerie Michèle Guérin, Limetz- Villez.
Paul de Pignol, Axel Cassel, Michel Thamin, laurent Belloni, Jean Suzanne …
Sculpt’ en Sologne, biennale de sculptures monumentale, Château de la Motte, Chaumont sur Tharonne.
Mythes et Symboles, Galerie Koralewski, Paris.
Fine Print and Drawing Fair, New York, avec la Galleria del Leone, Ivry-sur-Seine.

2010 RIDERS. Exposition de dessins proposée par Ileana Rodriguez à la galerie
Polad-hardouin avec Pat Andrea, Lydie Arickx, Jean Rustin, Orlando Mostyn Owen, Humberto Poblete-Bustamante …
ART ON PAPER, premier salon du dessin contemporain à Bruxelles, avec la Galleria del Leone, Rome.
Paul de Pignol – Xavier krebs, Galerie Michèle Guérin, Limetz – Villez.
2009 Corps et âme, Galerie Koralewski, Paris.
avec : N. Alquin , Axel Cassel , Gabriella Morawetz , Fabian Cerredo , Roger Decaux, Richard Laillier , Maïlys Seydoux , Robert Sobocinski , Piotr Szurek .
Biennale de sculptures de Yerres . Fondation Caillebotte
Triennale de Poznan . Pologne
2008 Salon de Montrouge
Preludium..the sculpture in the city, avec la Galerie Koralewski, Poznan, Pologne
2007 Galerie Artcurial, Paris
Accrochage , Galerie Koralewski , Paris . Avec  Axel Cassel , Roger Decaux, Stephane Erouane Dumas , Fabian Cerredo , Malgorzata Paszko , Piotr Szurek , Robert Sobocinski
Maison d’art contemporain : « the box in Paris « , Paris
"Antica" , Galerie Jocelyne Crouzet, Namur
« Triptyque », hôtel de ville d’Angers , Galerie Koralewski. Avec Stephane Erouane Dumas et Roger Decaux
2006 51ème salon de Montrouge
Triennale de sculpture,Poznan,Pologne avec la Galerie Koralewski.
2005 Salon de Montrouge – Exposition du Cinquantenaire, invité par Nicolas Alquin
2004 Foire d’Antibes, Galerie Michelle Champetier
2002 MYTHE  ET SYMBOLE, XIII Biennale de sculptures, Poznan , Pologne. Avec la Galerie Koralewski
Art Paris, Galerie Koralewski avec Stéphane  Erouane Dumas et Piotr Szurek
2001 Musée Frisseras, Athènes, Grèce
"Le Corps mis à nu" au Donjon de Vez, Oise
1995 Abbaye de Morienval, Pierrefonds, Oise

 

Textes

«Mon obsession se porte sur le corps. Sa fonction, sa masse, son organisme, sa composition, sa décomposition, sa présence.
Je le construis cellule par cellule, créant ainsi un va-et-vient sans cesse redondant entre le dedans et le dehors.
J’incise et je découvre. J’ouvre afin de saisir ce qui nous donne vie et mort, désir et répulsion à la fois. Corps en déhiscence. Corps bubonique. Outre trop pleine qui éclate de lumière et de magnificence. Je pose la cire goutte à goutte, morceau par morceau, millimètre par millimètre en une lente caresse. Je cherche à en extraire la sève, le flux de vie, à en comprendre le sens.»

Paul de Pignol

 

Le Chant sacré de Gaïa
Par Zoé Balthus, 2011

« Je suis seul, semble dire l’objet, donc pris dans une nécessité contre laquelle vous ne pouvez rien. Si je ne suis ce que je suis, je suis indestructible. Etant ce que je suis, et sans réserve, ma solitude connaît la vôtre. » L’atelier d’Alberto Giacometti, Jean Genet (Ed. L’Arbalète)
Gaïa engendre nos solitudes depuis la nuit des temps. De ses entrailles mystérieuses, nous venons au jour soumis à la nuit, seulement ornée de l'impérieuse absence au précieux rayonnement de l'invisible présence. Tenus par la nostalgie de sa chair  –, celle de cette mère indifférente à notre misérable errance, de son ventre protecteur dont il ne nous reste que la certitude d’en être issus, expulsés dans l'amnésie de sa matrice inaccessible, maintenus dans l’ignorance absolue et révoltante du sens de nos existences de monstres, – il ne nous reste plus qu’à guetter les signes qui nous rassureraient, ceux que la déesse-mère ne saurait manquer d’adresser à ses enfants, plongés dans l’obscurité, afin qu’ils s’orientent sur un chemin qui les ramènerait enfin à elle, Gaïa, et trouver en son sein pleine lumière.
Le sculpteur Paul de Pignol l’invoque et la provoque, sans relâche, par la sculpture et le dessin, lui voue un culte inébranlable. Elle est plus que sa muse, elle est son obsession. Il la nomme Vénus, mère et amante. Il tente de la faire apparaître, de lui offrir corps et âme, chair et parole, cellule par cellule, goutte de sang par goutte de sang, sous des doigts assurés d’une émouvante obstination, fous de délicatesse amoureuse, parfois tremblants de l’impatience et la puissance du désir. Seulement, entre les griffes des ténèbres, la femme absolue, la déesse-mère qui jamais ne se dévoile, demeure l'essentielle prisonnière, vouée à la reproduction perpétuelle. De haute lutte, l’artiste entend bien l’y soustraire ne serait-ce qu'un instant et s’il parvient à tirer de cette profonde nuit d’extraordinaires créatures, comme autant d’ombres tragiques de Gaïa, le mystère de sa Vénus ne s’en épaissit que davantage et l’obsession décuple.
De fait, ces formes totémiques de bronze, d’une beauté sans visage, terrible et parfois menaçante, extraites du néant, exhibant une multitude d’excroissances, de courbes et de rondeurs organiquement féminines, toutes figées sur leur base, enracinées dans le ventre de la terre mais résolument dressées vers le ciel, isolées ou en groupes, toutes imposent la présence surnaturelle, solennelle, inquiétante de la mère originelle.
Elles bruissent, elles chuchotent, certaines crient, d’autres rient ou pleurent, chacune appelle et s’exprime en ce langage pur et majestueux qui se passe des mots et que nous comprenons, que nous portons ancrée dans les tréfonds de l’être. Immanentes à Gaïa, elles sont ses messagères venus adresser à Paul de Pignol, qui convoque avec fascinante ferveur l’éternel féminin, son hymne « de Profundis »*. 
« Au monticule
Décharges
Tout s’écoule
Tout fuit
Le monticule s’écroule
Décharges au-dedans
Décharges au-dedans
Tout s’écoule
Tout m’échappe
Je m’écroule
Au-dedans mes larmes coulent
Je m’écroule au-dedans
Le flux d’en-dedans
Coule et germe
Je m’écoule et je donne
Au-dedans le germe
Pousse la larme au-dedans
Du germe
Je m’écoule
Le germe
La larme coule au-dedans
Et germe
La bave des germes
Lave les larmes des larves. »

Par la grâce des Vénus, l’artiste fond dans le bronze le chant sacré de Gaïa, hymne à la vie, louange du chaos de l’origine, célèbre la fécondation divine, grave, l’union sacrée du ciel et de la terre, essentiel équilibre de l’organisme unique, l’unicité de l’Etre universel.
« Au fil de l’œuvre, la béance utérine de sa matrice enfle, s’élargit, creusant un sillon profond de ses entrailles jusqu’au haut du corps, sillon bordé de lèvres tuméfiées, géantes dans lesquelles semble s’engouffrer le Vide (Chaos) », entend Fabrice Lebée dans un ouvrage qu’il a consacré à l’œuvre de Paul de Pignol qu’il collectionne avec passion et confronte à la Vénus de Sandro Botticelli.
« L’homme moderne de Botticelli s’envisageait au centre; Paul de Pignol le remet dans l’axe, écrit-il. Un champ nouveau se libère dans la matière informe des Vénus et déborde infiniment celui d’une problématique ontologique. Ici, l’essence divine se porte dans l’altérité qui nous prédispose au sens. Et son expression révélée, phénoménologie, est la Vie. »
Attentif aux moindres signes tel un aveugle, le sculpteur poursuit l’exploration de l'étrange voie qui le conduit à Gaïa, y pénètre par la faille sensuelle et vertigineuse ouverte par ses émissaires à son dessin. 
D’une élégante dévotion, le trait habile du maître s’immisce, fouille l’intimité même de leur matière et dévoile encore et toujours cette foison de cercles fondamentaux, parfaite rondeur de l’enfantement d’un monde, sans cesse renouvelé. Il s’insinue au sein de cette mystérieuse gestation de vie, bouillonnante, vouée aux métamorphoses jusqu’à la mort, ultime nécessité à la résurrection, inhérente à la conception de l’Un infini.
Le chant sacré de Gaïa trouve sa naturelle délivrance dans cette poignante œuvre de chair.

De Profundis*, Paul de Pignol (Ed. D’En Face)
Vénus ou le Mythe aliéné, Sandro Botticelli – Paul de Pignol, Fabrice Lebée (Ed. D’En Face)

 

Une sculpture travaillée de l'intérieur...
Par Ileana Cornea, Septembre 2006

Le principe de la sculpture est différent de celui de la peinture. Volume et forme en trois dimensions, la sculpture rappelle toujours le corps. Le nôtre.
Objet inutile, signifiant toujours quelque chose, elle prend de la place. On lui tourne autour. Sa réalité autre influe sur la nôtre, comme un alter ego déroutant. Petite, elle est encore là. Vous avez le dos tourné, vous reculez, elle s'exprime !
Au Musée de Delphes, on est saisis. Des soldats aussi grands qu'une main tendent muscles, livrant bataille contre les centaures... Quelle énergie ! Quelle véracité ! Quelle sculpture !
A en croire Maurice Barres, le philosophe athée que fut Anaxagore pensait que "l'homme est le plus intelligent des animaux parce qu'il a des mains, participant ainsi à l'intelligence universelle. Le rôle de l'intelligence ce n'est pas d'organiser le monde, c'est de le sentir..."
"Le volume, tu n'est pas obligé d'aller le chercher, comme en peinture. Tu l'as entre les mains, tout de suite..." dit Paul de Pignol.

Il vient de la peinture. De cette bonne peinture classique, aux attraits métaphysiques comme chez de Chirico, Stanley Spencer, et Balthus qu'il a beaucoup regardé. Il lui fallait des semaines voire des mois de travail pour arriver à achever une toile. Symbolisant, décrivant, il se mettait à distance. Ce qui le turlupinait à l'époque, c'était le thème à la fois obscur, merveilleux et ludique de l'enfance. Les couleurs aussi. Travaillées, jugées et jaugées, elles étaient sourdes, jamais sorties du tube. "La peinture est une activité trop intellectuelle pour moi" dit-il. Paul de Pignol se met à la sculpture parce qu'il a besoin de vitesse et d'instinct. Pour inciser, il dessine.

Et, de toutes les matières de la statuaire, ce n'est pas la pierre, le bois, le plâtre qu'il affectionne. C'est la cire, le matériau le plus épiderme qui existe. Grasse et malléable, elle lui inspire une nouvelle approche du réel. Semblable à l'aveugle qui n'a que le toucher pour décoder les choses, il prend conscience des ressources de cette étonnante activité manuelle. Plus loin que l'enfance, la sculpture lui fait vitalité de la substance.
Dès lors, les corps façonnés par lui, juchés sur des fines tiges en guise d'appui, se développent de l'intérieur par étapes.
Gouttes par gouttes, la matière gonfle, l'organique l'emporte sur l'anthropomorphique. C'est une sculpture qui a l'air en devenir aussi naturellement que la sécrétion qui exsude de certains végétaux. Elle suinte.
Dans la série des "Vénus callipyges", des volumes naissent de volumes et ronds. Il les appelle les Gaïa.
Dans celle des corps étirés, les gouttes par gouttes montent leur silhouette vers la belle verticalité d'une cathédrale gothique.

Tous les corps modelés par Paul de Pignol paraissent être le temps suspendu mimant le passage d'un état à un autre...En dessous de leur boursouflures, on imagine la sève qui grouille prête à passer du néant au visible. Comme la résine perçant l'écorce du sapin, les boulles de pollen accrochées à la pâte des abeilles butinant, une énergie est sur le point d'éclater. Que cela soit les bourgeons des arbres au printemps ou les bouton de fièvre sur le visage d'un jeune adolescent, les extrêmes se touchent. A croire que toute existence dans l'univers est un laboratoire de pharmacie, évènements en incubation, poisons et remèdes travaillant de concert dans une extraordinaire agitation agnostique...L'artiste arrête là la forme. Succède le polissage.
Une véritable conception de la vie est dite à travers cette sculpture. Elle est proche du remous de la nature, de la pulsion.

Paul de Pignol, l'homme des profondeurs, des corps retournés de l'intérieur vers l'extérieur, malgré son penchant pour l'effervescence baroque, aime la belle proportion, reste Grec.

 

Paul de Pignol
sculptures et dessins

"Le corps féminin est au coeur des recherches du sculpteur. Le dessinateur initial retrouve dans le travail de la cire les contours des formes organiques féminines. Ses Vénus expriment l'altérité. Entre le classicisme et le baroque, la normalité et la monstruosité, leur beauté est celle de la fécondité. Déesses mères d'abord, précédant l'idéal du mythe de la séduction et du désir, les femmes de Paul de Pignol revendiquent leur ancrage dans la terre, le limon qui féconde. Malléable, la cire est travaillée dans la masse, affrontée avec une ardeur qui sied à l'urgence de saisir la figure dans sa verticalité. C'est cette vérité qu'il lui faut arrêter dans des déformations bourgeonnantes dont les excès expriment l'énergie originelle. Fondue en Bronze, la femme a gardé les boursouflures agglutinées, les cloques d'une chair en "déhiscence". Dépouillées de tout académisme, les récentes Vénus de l'artiste s'affranchissent du temps. Emergeant de la matière, elles revendiquent leur nudité. Toute la nature s'y révèle, avec ses beautés secrètes. Incarnations mémorielles, ses Vénus ont conquis l'éternité. Le néant s'est animé, la sève traverse leur corps, lourd de remous génésiques."
Lydia Harambourg, dans La Gazette de l'Hôtel Drouot, n°26, 3 juillet 2009.

 

 

"Ce jeune sculpteur a accompli beaucoup de chemin en peu de temps et affirme dès aujourd'hui une personnalité hors du commun. Ses gisants, ses figures totémiques dépourvus de membres, comme englués dans la matière prennent désormais leur envol. Des bras et jambes surgissent pour les porter, leur donner une impulsion, une énergie formidable. Ils prennent vie. Et cette naissance est bouleversante. A découvrir !"
Molly Mine, dans Vernissage, juin 2009.

 

 

Galerie Koralewski, 92, rue Quincampoix 75003 Paris tel : +33 (0)1 42774893   
galerie.koralewski@orange.fr