Richard Laillier

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Emmelene LANDON

Née à Melbourne, Australie, en 1963.
1970, vit en Angleterre. 1975, vit à New York. Depuis 1979, elle vit à Paris.
de 1986 à 1992, elle fréquente l'Académie des Beaux-Arts de Paris dans l'atelier Cremonini.

Expositions personnelles
2017
Temps géologiquesGalerie Koralewski, Paris
2014
Galerie Promenarts, Saint Martin de Ré
2013
Galerie Promenarts, Saint Martin de Ré
2012
SK-N-MC, Université de Michigan, Ann Arbour, USA
Galerie Promenarts, Saint Martin de Ré
Cartographies portuaires, Médiathèque d'Anglet
2011
Galerie Promenarts, Saint Martin de Ré
2010
Mapping the Sea , Galerie Promenarts, Saint Martin de Ré
2009
Falaises et fossiles normands. Regards croisés Charles-Alexandre Lesueur, Emmelene Landon, Muséum d'histoire naturelle du Havre 
2008
Au pays du blizzard. Regards croisés: Douglas Mawson, Frank Hurley, Emmelene Landon. Ambassade d'Australie, Paris
2007
L'Atelier voyageur d'Emmelene Landon. Musée portuaire, Dunkerque.
2004
Estuaire, Centre international de poésie de Marseille (cipM).
2002
Galerie éof, Paris
2001
Le Tour du monde en porte-conteneurs. Peinture, photo, vidéo, radio, mots. Espace maritime et portuaire des docks Vauban, Le Havre
2000
Galerie Koralewski, Paris
1999
SK-N-MC, cellules cancéreuses Laboratoire de recherche pharmaceutique Jouveinal, Fresnes
1998
Gare maritime de Cherbourg, in situ
1996
Gallery Limbo, New York, USA
1995
Studio de l'image, Paris
1994
Galerie éof, Paris II
1993
Deux pointes vers la gare du Nord, galerie Sylvie Bruley, Paris
1988
Six Billion People Meet the World.  Ecole des Beaux-arts de Pékin, Chine

Expositions collectives
2016
Institut français, Tanger, Maroc
Musée Chintreuil, Pont de Vaux
2012
Passager, Regards croisés sur le thème du Titanic et de l'épopée transatlantique. Equeurdreville-Hainneville / Cherbourg-Octeville
2011
DESSINS !? COSMOGONIES ET PAYSAGES, Galerie Maeght, Paris – Abou Dhabi
Auberge du purgatoire, Naples, Italie
1992
Galerie De' Serpenti, Rome, Italie

 

Littérature
2017
La Baie de la Rencontre, Gallimard.
2013
Portrait(s) de George, Actes sud.
2010
La Tache aveugle, roman, Actes sud.
2007
Le Voyage à Vladivostok, roman, éditions Léo Scheer.
2006
Susanne, Peintures de Susanne Hay, récit, éditions Léo Scheer.
2003
Le Tour du monde en porte-conteneurs, récit de voyage & images, Gallimard.

 

Image
2017
Editeur, un film de Paul Otchakovsky-Laurens, 84 min
2007
Sablé-sur-Sarthe, Sarthe, un film de Paul Otchakovsky-Laurens 100 min
2004
Australie mère & fille, vidéo de 52 min, produit par Humbert Balsan, Ognon Pictures

 

Vidéo
2016
Jukurrpa, video 20 min, pour les enfants de l'hôpital de Quimper
2013
Return to Norfolk, vidéo 45 min. Avec Nicholas Landon et Steve Argüelles.
2012
I don't want to miss a thing, vidéo 26 min. Avec Steve Argüelles. Une commande des Nouveaux Commanditaires, un dispositif de la Fondation de France.
2010
Fleuves de papier, vidéo téléphone portable 10 min. Une commande pointdefuite pour l'ARPEL Aquitaine.
2009
La Traversée du Canal de Panama, vidéo 25 min, Production de La Corderie Royale de Rochefort.
2008
L?Escale maintenant, vidéo 20 min,. Production de l?Université du Havre. Portrait du Seamen?s Club de Dunkerque et des marins en escale.
2007
Trans-Siberian to Vladivostok, vidéo téléphone portable 39 min, production Forum des images, Paris
2005
Le Fantastique Voyage du conteneur rouge, vidéo de 52 min, produit par le Volcan,scène nationale du Havre, Rencontres internationales du cinéma et de l?enfance.
2004
Australie mère & fille, vidéo de 52 min, produit par Humbert Balsan, Ognon Pictures

 

Productions radio France Culture
2010
Vivre et travailler en mer. 2 émissions de 20 min, les Passagers de la nuit
2009
Naples hier et aujourd'hui, un voyage irrationnel, deux émissions de 75 minutes
2008
Dans la peinture, Atelier de création radiophonique, 50 minutes
2006
Onshore, offshore, 3 émissions d'une heure, Surpris par la nuit
2004
Australie mère et fille, 3 émissions de 90 minutes, Surpris par la nuit
2003
Le Tour du monde en porte-conteneurs, 5 émissions d'une heure, Grille d'été

 

Temps géologiques

Le voyage continue. L'air vif de la pleine mer éloigne la moiteur de la terre. Je vois Lesueur glisser hors de son hamac et me risque à penser à sa place : Nous sommes vivants dans la mesure où ce qui se passe aux antipodes nous concerne.

Partir aux estuaires, collecter les bouchons vaseux qui se forment à la rencontre de l'eau salée et de l'eau douce, traîner autour des falaises au risque de se retrouver sous les affaissements, errer le nez à terre à la recherche de signes inattendus, de couleurs inhabituelles ou de formes évocatrices. Lire les lignes, lire les traces de moisissure sur les rochers, lire les fossiles. Lire le monde.

La Baie de la Rencontre, Emmelene Landon, Gallimard, parution le 16 mars 2017

Biographie
Par Emmanuel Carrère

1. Quand j'ai connu Emmelene Landon, il y a une quinzaine d'années, elle avait pour atelier une station de métro désaffectée dont la RATP, aussi bizarre que cela puisse paraître, lui avait confié les clés. Au bout d'un moment, elle a dû en avoir assez de peindre sur un quai où ne passait aucun train : elle a pris le Transsibérien, changé à Ulan Bator et débarqué à Pékin où elle est restée six mois à traîner, fumer des cigarettes épaisses et âcres dans les couloirs des Beaux-Arts et y accrocher sa première exposition personnelle. De retour en France, elle a travaillé dans les anciens entrepôts de la SERNAM (où se trouve aujourd'hui la TGB) ; au dernier étage d'un parking donnant sur le périphérique, porte de Versailles ; rue de Bagnolet, dans une fabrique à l'abandon (à côté d'un emboutisseur qui, comme on fait mûrir des pommes, laissait rouiller dans la cour des déchets métalliques) ; dans les laboratoires d'un institut de recherche pharmaceutique (elle prenait le train deux fois par jour pour y aller et y tenait son journal, qui a été publié dans le catalogue de l'exposition), enfin dans l'ancienne gare maritime de Cherbourg. Bientôt elle doit passer deux mois à bord d'un cargo qui la conduira en Australie, où elle est née, et où elle exposera ce qu'elle a peint pendant la traversée.


On peut de tout cela retirer l'impression d'une artiste qui a la bougeotte et un gout prononcé pour les moyens de transport. A y regarder de plus près, on s'aperçoit qu'elle investit plutôt des lieux de départ et d'attente. C'est d'ailleurs, je pense, ce qui la définit le mieux : elle est extrêmement attentive, expectante, aux aguets, avec le don, rare, de ne pas trop savoir ce qu'elle attend, ce qui lui laisse une chance d'advenir. C'est le genre de personne qui peut rester des jours dans l'embrasure d'une porte, à laisser venir le visible, et pour finir il se tord à ses pieds.


Le visible, mais pas seulement le visible. Le palpable, la matière, le dedans. L'organique. Dans un film de Cronenberg, Faux Semblants, Jeremy Irons joue deux gynécologues jumeaux qui partagent une passion pour tout ce que contient le corps et s'émeuvent moins des seins d'une femme que des tissus humides et nacrés de son foie ou de sa rate. « Inner Beauty », c'est ça qu'ils aiment, la beauté intérieure. Ce que fait Emmelene Landon est beaucoup moins morbide et beaucoup plus contemplatif, mais c'est un peu pareil, surtout depuis son séjour dans le laboratoire de recherche et ses échanges avec les scientifiques. Il est d'ailleurs étonnant qu'il n'y ait aucune morbidité chez quelqu'un qui peut peindre à partir de cellules cancéreuses, mais une sorte de quiétude vibrante. Mon témoignage vaut ce qu'il vaut, je ne suis pas un grand connaisseur en peinture, mais je le livre quand même : je possède un tableau d'Emmie Landon, c'est même le seul tableau que j'ai acheté de ma vie, et j'en éprouve depuis des années l'effet, comment dire ? bienfaisant. C'est une grande toile lumineuse, à la fois abstraite et chinoise, qui me fait penser à un hexagramme du Yi-King, et qui, comme les hexagrammes du Yi-Kong (même, curieusement, ceux qui semblent a priori défavorables), agit comme un foyer d'énergie. Il émane de ces deux mètres carrés ocre et vert une radiation à la fois apaisante et stimulante qui m'est devenue nécessaire et que je retrouve, plus ou moins forte mais toujours présente, dans tout ce qu'elle fait. Essayez. Plantez-vous devant un de ses tableaux. Et, à votre tour, attendez.


2. J'ai écrit ce qui précède il y a deux ans. Depuis Emmie Landon a fait le grand voyage dont elle avait le projet. Au temps où c'était seulement un projet, il s'agissait d'aller en Australie à bord d'un cargo, finalement ç'a été le tour du monde à bord d'un porte-conteneurs.


Cela représente deux fois plus de distance, deux fois plus de temps, et un porte-conteneurs est un navire deux fois plus gros que n'importe quel cargo. Je ne sais pas si elle a fait deux fois plus de choses qu'elle n'en prévoyait, mais il est certain qu'elle en a fait beaucoup : elle a peint une quantité de tableaux et d'aquarelles, qui représentent notamment les divers océans traversés ; elle a pris des photos et filmé avec une caméra vidéo ce qui se passait à bord, sur la mer et dans le ciel ; elle a enregistré avec un Nagra les sons qui l'environnaient et les mots qui lui passaient par la tête ; elle a tenu un journal qui se nomme TdM – nom de code pour  « tour du monde », mais on peut aussi bien entendre, fait-elle observer, « Te deum » ou encore « tedium », qui veut dire « ennui » car, comme c'est une personne qui ne passera jamais à coté d'une expérience intéressante, elle a même trouvé le temps de s'ennuyer. Bref, en trois mois, elle a bien abattu trois ans de travail, et le debriefing est loin d'être encore terminé, ce que vous voyez maintenant n'est à mon avis que le dessus de la ligne de flottaison.


3. Le Manet, si c'était un paquebot, pourrait transporter 3000 personnes. Comme c'est un porte-conteneurs, il n'en transporte que 26, dont 23, croates et philippins, constituent l'équipage. C'est dire qu'un passager y est une figure bizarre, dont on peut légitimement se demander ce qu'il fiche là. J'essaie d'imaginer les réponses qu'a pu faire Emmie Landon à cette question.


« Je peins. » A première vue c'est ça, en effet : une fille qui a installé tout un fouillis de toiles, de tubes et de pinceaux dans la cabine de Suez et que ça ne semble pas déranger de devoir sans arrêt faire attention aux mouvements du navire, faire attention à ne pas en mettre partout, faire attention quand elle a marché dans du bleu de Prusse à nettoyer les traces de pas qui vont jusqu'à la proue. Une fille qui a l'air un peu ailleurs comme ça, mais qui en fait aime bien faire attention. C'est peut-être ça, peindre, en tout cas c'est le début.
« J'observe les progrès de la rouille. » C'était son idée à l'origine : laisser des plaques de métal rouiller sur le pont pendant toute la durée de la traversée, mais elle a vite compris qu'il n'en était pas question, la rouille sur un navire est une maladie grave et qui la propagerait se retrouverait vite débarqué, ou aux fers à fond de cale. En fait de fond de cale, elle se contentait de descendre quelque fois à cinq ou six étages en dessous du niveau de la mer. Elle restait des heures là, seule dans cette cathédrale de conteneurs, à jouer de la flûte. L'acoustique était, paraît-il, impressionnante.


« Je veux voir s'il y a vraiment une différence de niveau entre les océans Atlantique et Pacifique. » Et pas seulement la voir, mais la peindre.


« Je fais des cartes. » En fait, elle n'a jamais fait que ça : des cartes. Pour quelqu'un dont le travail consiste à montrer d'aussi près que possible la surface des choses et des corps, la peau du monde, on peut dire que la mer est le défi ultime : la plus immuable des surfaces et en même temps la plus changeante.


« J'essaie de montrer ce qu'il y a sous les cartes. » Sous les mers, les grands fonds, sous la peau, les organes ; sous la couleur, la toile. Le dessous de tous les dessus, le dedans de tous les dehors. Cela, aussi, c'est son travail. On ne voit pas très bien ce qui n'est pas son travail.


« J'attends. » Personnellement c'est la réponse qui me satisfait le plus, et j'aimerais pour finir citer ce dialogue qu'elle rapporte avec un mécanicien, peu avant l'escale de Singapour :


-        Vous aimez ce voyage ? lui demande-t-il.


-        Pour moi, répond-elle, tout va bien du moment que ce que vous n'attendiez pas arrive. Vous pouvez réellement désirer faire quelque chose, vous pouvez en rêver, mais si en le faisant c'est ce que vous attendiez, il n'y avait pas de raison de le faire.


-        Qu'est-ce que vous attendiez ?


-        Je ne m'attendais à rien, parce que je ne voulais pas le gâcher. Je voulais racler la surface du globe, comme en peinture : ce geste.


-        Vous pensez que partout où vous allez c'est comme le raclement d'une peinture ? Pour vous, c'est quoi, la réalité ?


-        La réalité, c'est ce qui arrive. J'espère que les pirates ne seront pas la réalité demain.


(Il y a beaucoup de pirates dans la mer de Chine, elle en avait très peur.)

4 – Au mois d'août 2004, Susanne Hay s'est accidentellement noyée dans un lac, au Portugal. Susanne Hay était elle aussi un peintre extraordinaire, et la meilleure amie d'Emmie. Elles s'étaient connues aux Beaux-Arts, dans l'atelier de Cremonini. C'est avec Susanne qu'Emmie a investi la station de métro désaffectée dont il est question au premier paragraphe de ce texte. Susanne et Emmie se ressemblaient par leur amour de la solitude, du violon et de la peinture, elles étaient intimes au point de pouvoir travailler ensemble – je veux dire dans le même espace, dans la même pièce  : être seules ensemble -, mais leurs peintures ne se ressemblaient pas du tout. Celle de Susanne était brutalement figurative. Elle peignait avant tout des corps nus : corps surpris à la piscine ou dans le miroir, corps emprisonnés dans des cages ou des caddies de supermarché, corps morts, enfin, qu'elle allait observer à la morgue. Sa manière, sombre et dramatique, peut faire penser au Caravage, à Ribera, à Francis Bacon.   Ses modèles semblent souvent épouvantés, et souvent leurs bouches s'ouvrent sur un cri. Tandis que Susanne peignait à la morgue, Emmie travaillait au laboratoire pharmaceutique : des cellules cancéreuses, et toujours vivantes, de personnes mortes, elle a tiré quelques-uns de ses tableaux les plus lumineux. Pour définir le trait de Susanne, elles se servaient toutes deux d'un mot,  skurril, désignant « un petit détail fibreux, une tension visuelle, un frisson. Skurril, ce sont les mains qui, en cachette, se tendent vers les jetons sur les tables de jeu dans Le Joueur, de Dostoievski. Une patte d'araignée est skurril. Une fissure. L'idée d'une queue de rat. Une caresse, aussi, peut être skurril. Susanne était skurril. » Emmie, à mon avis, pas du tout.


Leur ami commun Carl-Eric a confié à Emmie qu'après la mort de Susanne les objets se sont mis à le frapper, à se jeter sur lui. Il fallait faire quelque chose. Emmie a fait un livre.  Il s'appelle simplement Susanne, il se termine sur une lettre de Susanne, qui dit : « Je suis un peu triste en ce moment, par moments, ce sont les mêmes mains froides qui me serrent la gorge mais ça passe et je suis plutôt bien, et l'esclave de ma vie croit être son seigneur. »  Susanne est  un livre de deuil mais ce n'est pas un livre triste. C'est un livre magnifique, où se produit un événement : sans cesser d'être peintre – et, à l'occasion, cinéaste -, Emmie devient écrivain – aussi singulièrement écrivain qu'elle est peintre. Elle a commencé là, grâce à Susanne, un peu comme si Susanne l'y avait engagée, et elle a continué. Il y a eu ensuite Le Voyage à Vladivostok, qui est une rêverie sur le Transsibérien et l'immense espace russe, et puis La Tache aveugle, où il est question de trois soeurs qui sont peintres, chacune à sa façon, et d'un autre peintre, un Anglais du XVIII° siècle qui s'appelait Alexander Cousins et qui avant tout le monde s'est fait une spécialité de repérer dans des taches d'encre  des figures, un bestiaire, des paysages, des coupes cellulaires. Ce Cousins a bien existé, ce n'est pas un artiste imaginaire comme je l'ai cru la première fois qu'Emmie m'en a parlé : il n'empêche qu'il pourrait avoir été inventé par elle, comme on s'invente des devanciers.


5 – Il s'est passé autre chose, dans les années qui ont suivi la mort de Susanne, et il m'est difficile de ne pas penser que c'est lié : Emmie s'est mise à faire des portraits. Avant, elle peignait l'intérieur des gens, les tissus organiques, le fond des mers et des cartes. Elle le fait et le fera certainement toujours, mais maintenant elle prend soin aussi de nos corps et de nos visages. Je dis les nôtres parce qu'elle ne peint que ses amis et que beaucoup de ses amis sont aussi les miens. Je connais tous ses modèles, bien ou moins bien, et il allait de soi pour moi que j'étais voué à rejoindre un jour leur compagnie.


« C'est difficile, pour le peintre et le modèle, de trouver une pose, écrit Emmie, toujours dans Susanne. Ca peut prendre une heure. Susanne en cherchait une qui lui faisait mal à elle, qui touchait un point à vif, et qui par conséquent presque toujours faisait mal au modèle. » Emmie ne procède pas ainsi. Elle ne fait pas mal au modèle ni, je pense, à elle-même.  Je parlais, il y a dix ans, de l'effet bienfaisant que j'éprouvais à  contempler le premier tableau d'elle que j'ai acheté. J'ai éprouvé la même sensation en posant pour elle, une fois seul, l'autre avec Hélène et Jeanne. C'était comme un exercice méditatif, comme si en peignant son modèle Emmie trouvait et faisait grandir en lui une zone de calme, une flamme haute et droite, abritée des courants d'air, et cela m'a fait penser à cette phrase que j'aime tant de Glenn Gould : « La visée de l'art n'est pas la décharge momentanée d'un peu d'adrénaline mais la construction, sur la durée d'une vie, d'un état de paix et d'émerveillement. »  Je ne sais pas si cet état existe, ce serait peut-être trop beau, ni s'il me sera donné de l'atteindre, mais les portraits d'  Emmie en fixent pour chacun, si tourmenté qu'il soit dans la vie ordinaire, le pressentiment.

Emmanuel Carrère

 

 

 

Galerie Koralewski, 92, rue Quincampoix 75003 Paris tel : +33 (0)1 42774893   
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