stephane erouane dumas

Voir les oeuvres de Stéphane Erouane Dumas

Stéphane Erouane DUMAS
né le 12 avril 1958 à Boulogne-Billancourt.

Vit et travaille à Paris.

Formation :
 
1980
Académie Julian, Paris.
1981
Ecole Nationale supérieure des Arts Décoratifs.
1984 
Diplômé des Arts Décoratifs de Paris.
Expositions personnelles
 
1990
Centre d’Art Contemporain, Rouen
Mécénat Pernod, Créteil.
1991
Salon Mac 2000 Grand Palais, Paris.
1992
Galerie Espace Suisse, Strasbourg.
Salon Mac 2000 Grand Palais, Paris.
1993
Galerie Koralewski, Paris.
1994
Salon Découvertes, Galerie Koralewski, Paris.
Musée de la Cohue, Vannes
1995
Galerie Koralewski, Paris
1997
Galerie Koralewski, Paris
1998
Galerie Henry Bussière, Paris.
2002
Galerie Fred Lanzenberg, Bruxelles
2004
ARTBrussels, Galerie Fred Lanzenberg, Bruxelles.
Galerie Fred Lanzenberg, Bruxelles.
FIAC, Paris, Galerie Fred Lazenberg, Bruxelles.

2005
Galerie Simoncini, Luxembourg.
2006
Galleria del Leone, Venise.
Galerie Alice Mogabgab, Beyrouth.
Galerie Fred Lanzenberg, Bruxelles.
2007
Musée Alfred Canel, Pont Audemer .
2008
Galerie Fred Lanzenberg, Bruxelles.
2009
Galerie Simoncini, Luxembourg.
2010
Galerie Fred Lanzenberg, Bruxelles.
Galerie Koralewski, Paris.
2012 Galerie Simoncini, Luxembourg.
Cliffs, La Verrière - Hermès, Bruxelles.
Galerie Fred Lanzenberg, Bruxelles
   
Expositions collectives
 
1990
Salon de Montrouge.
1991
Salon Jeune Peinture, Grand Palais, Paris.
1992
Saint-Germain des Beaux-Arts, Paris.
Grands et Jeunes d’Aujourd’hui, Grand Palais, Paris.
1993
Fondation Florence, Paris.
Faces à Faces, Galerie Koralewski, Paris.
Festival du Marais, Galerie Anne-Marie Galland, Paris.
Grands et Jeunes d’Aujourd’hui, Grand Palais, Paris.
1994
Préludes…Préludes …Galerie Koralewski, Paris.
Normandy Remebered, New York.
Grands et Jeunes d’Aujourd’hui, Espace Eiffel, Paris.
Les Erotiques, Galerie Koralewski, Paris.
1995
Préludes…Préludes …Galerie Koralewski, Paris.
S.I.A.C. Strasbourg, Galerie Koralewski, Paris.
Grands et Jeunes d’Aujourd’hui, Espace Eiffel, Paris.
Autoportraits, Galerie Koralewski, Paris.
1996
Préludes…Préludes …Galerie Koralewski, Paris.
Paysages de la mémoire, Fondation Coprim, Paris.
ART 96 Strasbourg, Galerie Koralewski, Paris.
Galerie Espace Suisse, Paris.
1997
Préludes…Préludes …Galerie Koralewski, Paris.
Les Paysages, Galerie Koralewski, Paris.
Séléction Prix de la Fondation Coprim, Paris.
1998
Préludes…Préludes …Galerie Koralewski, Paris.
Gestes d’Immortalité, Fondation Coprim, Paris.
F.I.A.C Galerie Koralewski, Paris.
1999
Eclipses, Maison Henri IV, Saint-Valéry-en-Caux.
Galerie Henry Bussière, Paris.
Préludes…Préludes …Galerie Koralewski, Paris.
Musée de Millau, Fondation Coprim, Paris.
2000
Prix Antoine Marin (2ème prix) Arcueil.
Pourquoi faites-vous cette tête-là ? Galerie Sabine Puget, Paris.
Préludes…Préludes …Galerie Koralewski, Paris.
2001
Pourquoi faites-vous cette tête-là ? Espace Poirel Nancy.
F.R.A.C. de Haute-Normandie, Sottevile-les-Rouen.
2002
Préludes…Préludes …Galerie Koralewski, Paris.
Falaises, Maison Henri IV, Saint-Valéry-en-Caux.
ART PARIS, Galerie Koralewski, Paris.
2003
Préludes…Préludes …Galerie Koralewski, Paris.
24 Peintres en Seine, Hôtel de ville, Rouen.
Petits Formats, Galerie Simoncini, Luxembourg.
Les Prix Marin, Musée de Karlskrona, Suède.
2004
ST'ART Strasbourg, Galerie Koralewski, Paris.
Dessins, Fred Lanzenberg.
2005
Librairie Nicaise, Paris. "Les Rougets", Editions Fata Morgana.
Pour Saluer Fabian Cerredo, Galerie Koralewski, Paris.
Préludes...Préludes...Galerie Koralewski, Paris.
2006
ART PARIS, Galerie Koralewski, Paris.
Affordable Art Fair, Londres, Galleria del Leone, Venise
La nature est un temple...Galerie Jérôme Ladiray, Rouen.
2008
Arts Elysées , Galerie Koralewski, Paris.
2009
Biennale ARTour, Musée Lanchelevici, Belgique.
Automne, Galerie Sellem, Paris.
2010
Art on Paper, Bruxelles, Galleria del Leone, Venise. 
Chic Dessin, Paris, Galleria del Leone, Venise.
2011
Voir...Revoir... Galerie Koralewski, Paris.
2012 Pour saluer l'avenir, Galerie Koralewski, Paris.
2013 Rencontres d'été, Galerie Koralewski, Paris
Art Élysées, Galerie Koralewski, Paris
Editions
 
2004
Les Rougets de André Pieyre de Mandiargues, Editions Fata Morgana.
2005
Le Bois de Païolive de Gil Jouanard, Editions Fata Morgana.
2006
l'Enfant qui ne comprend pas d'Henri Thomas, Editions Fata Morgana.
2009
Parfums de Eryck de Rubercy.
Catalogues
 
1991
Céline Orsini, catalogue, Mac 2000, Grand Palais, Paris
1992
Céline Orsini, catalogue, Mac 2000, Grand Palais, Paris
1993
Gérard Barrière, Le Silence de la mer, catalogue d'exposition, Paris.
1995
Gérard Barrière, La Traduction littorale, catalogue d'exposition, Paris.
1996
Paysage de la mémoire, Catalogue d'exposition, Fondation Coprim, Paris.
1998
Gérard Barrière, Propos d'artistes III, Fondation Coprim, Paris.
2001
Françoise Monnin, Gérard Barrière, Variations verticales, Paris.
2004
Françoise Monnin, Arbres et falaises, catalogue d'exposition, ARTBruxelles.
2006
Françoise Monnin, Gilbert Lascault, catalogue d'expositions.

 

Stephane Erouane Dumas
TEXTES

L’oeuvre de Stéphane Erouane Dumas étreint l’absence. Absence nue, aide, qui efface en elle ce qui gravite aveuglément autour des illusions du monde. Chaque peinture éternise un instant unique, dans un accomplissement toujours imminent, toujours différé. Quelque chose d’inquiétant et d’inouï se met en place, de l’ordre des impensables débuts du monde. Au commencement étaient les falaises, et les lentes respirations du dehors...
Dans les voiles de l’oeuvres, dans ses replis ombreux, on voit tension étirée, densité de matière ultime - jusque dans ses immobiles craquements - sourde présence de sources convulsives, venues soudainement du fond des âges, là où se vivent les forces cachées du mental profond, sous le scalpel sans poids de lointaines lueurs. La surface des choses est balayée, emportée sous la pression unique d’un geyser mental, dans des paysages dépouillés. Et l’espace tout entier tressaille. Poids immense sur socle d’abîme.
Une force souterraine est en action, omniprésente, coextensive à toute surface peinte, et les élans du profond prennent la peinture pour demeure. Les éléments s’unissent, ouvrant ainsi un espace symbolique infiniment vivant, comme une fabuleuse peau d’univers.
Une dense présence terrestre, naguère tellurique, couve dans l’air déserté et magique des grands fleuves psychiques, et Dumas, étrangement, côtoie les sombres immensités blessées d’un Rothko. C’est l’énergie des naissances premières, où se corrode toute surface, qui purifie tous les signes. Les impénétrables forêts de Dumas envoûtent tous les contours, en brumes profondes qui défendent l’intime présence du monde. En bas, une fine fente d’espace féminise les secrets du dedans. Eternité pétrifiée. Nature toujours en naissance d’elle même.
Et l’oeuvre installe l’implacable énergie de l’eau, de l’arbre, et de la montagne éveillée. En surgit une peinture profondément cosmique, par degrés, par niveaux de conscience, par poussées éruptives sans cesse renouvelées. Mouvances ascendantes dans un ciel presqu’absent.
Etranges oeuvres en paliers, incroyablement verticales où la puissance du peintre, visant la totalité dans un immense effort d’arrachement aux trames obscures des origines, troue l’opacité primitive pour atteindre une improbable sérénité.
Tons vert nuit, indistincts et scabreux, bleus sombre aux allures bloquées. Tout enfonce et tout renaît, exaltant l’ondulante tension en demi-teintes qui menacent, quand la matière, en éruptions mal contenues, dépasse ses frontières naturelles. D’infinies et subtiles résonances jouent à fond de leurs mystérieuses modulations psychiques.
Dumas ne fait pas saigner les couleurs. Ses reflets délivrés murmurent. Innombrables sont les chants du dehors, et lumineux. Le regard choisit son centre de gravité dans l’échelle massive de la peinture, s’engloutit aussitôt vers le bas, où le fond soigne ses tragédies, et s’élève aussitôt vers le haut, vers un ultime à portée de regard, là où disparaissent les blessures du jour. Le très haut et le très bas dialoguent, et se répandent dans les barrages palpitants de l’espace.
Dumas fouille toujours plus loin ses partitions méditatives. Dans les eaux dormantes de sa peinture aiguë et minimale, la rationalité ne fait pas surface...
Dans l’univers sans borne du dehors et du dedans, ses couleurs d’outre espace absorbent les trop fragiles apparences. Le vide, acculé, s’engloutit, et le regard se noie dans ces oppressantes murailles. Entre ouvertures et déchirures, on devine d’imperceptibles mouvement d’univers...
Il n’y a plus d’horizon, l’horizon est partout. l’espace est un miroir aveugle et surgissant que la création sans fin interroge. Et la peinture est plus grande qu’elle-même.
Très troublante, une formidable contagion agit, par l’effet d’art d’une peinture de haute présence, quand l’intériorité la plus enfouie s’arrime aux chants lointains du monde.
"Une nature qui serait un peu toutes les natures" m’a dit Stéphane Erouane Dumas.

Christian Noorbergen, janvier 2010.






Être c'est devenir. Entre ciel et pierre, comme entre feuillage et prairie, Stéphane Erouane Dumas célèbre l'espace de la métamorphose. Plus que la pierre, la plante, il peint des limbes et des firmaments. Dilatant les limites, concentrant les cœurs, il incarne moins des présences qu'il ne définit des apparitions.
Chaque forme est une concentration, chaque fond, une circulation. La peinture affirme ici sa mission de perpétuelle alchimie. Fixée seulement par le regard de celui qui l'observe, l'image célèbre la transformation.
L'artiste ne parle pas de ses «fonds », lorsqu'on le questionne sur sa manière de commencer une toile. Il évoque ses « couches de sédimentation ». Afin de favoriser l'impression de surgissement propre à chacune de ses œuvres, il campe son motif dans un espace longuement préparé, brossé, gratté, estampé au chiffon. Il s'agit d'opérer « la bonne pression, pour obtenir la bonne vibration ». Le jeu sophistiqué des transparences, les glacis disposés ensuite, dialoguent avec une matière déjà emplie d'énergie. La toile utilisée comme support, tendue comme une peau d'un tambour, suggère elle aussi une respiration, invite au battement.
L'absence de présence humaine et par conséquent d'anecdotes, dans chacune de ces images, contribue elle encore à neutraliser la notion de temporalité. Stéphane Erouane Dumas ne peint rien d'autre que la respiration, cosmique, infinie et perpétuelle. Eau, terre, vent ou végétation, tout dans son œuvre n'évoque que la Genèse, la présence première et sans parole, la pure vibration de l'indéfîni.
Au commencement….

Tout, aussi, dialogue avec l’infini. La brume, nimbant les arbres comme les falaises, instaure entre eux et cet infini un dialogue permanent. Tout ici est loin, profond. Si les surfaces, telles des partitions musicales couvertes de notes, sont animées, le semis des fleurs, comme le rythme des anfractuosités, dispose à la surface des toiles un semis miroitant, une ponctuation, agissant moins comme une distraction qu'à la manière d'une résille. Ainsi voilé, mis à distance une fois encore, le mystère de la présence se renforce.
Invitation à l'initiation, chacune de ces toiles demande au regard de la transpercer. Et plus il pénètre, plus il envisage combien le dessous des apparences préserve son mystère ; combien si les structures se donnent à voir, c'est « entre » les structures, dans leurs échanges informes, que surgit l'énergie vitale. Si entre deux portraits d'arbres ou bien de falaises Stéphane Erouane Dumas s'attarde à dessiner l’aile d'un geai ou l’arête d'un rouget, c'est, pour mieux constater l'organisation des cadres de l'existence, disséquer pour l'intégrer, la nécessaire structure du théâtre de l'existence.

« Il faut que l'énigme se répande », écrit le poète Rainer Maria Rilke. Invitation à se fondre dans la masse, à circuler souplement parmi les formes constituant l'épaisseur, tel Dante, se faufilant parmi chacun des cercles des Enfers, les toiles de Stéphane Erouane Dumas demandent une contemplation active, un abandon des habitudes modernes, une posture mystique mais dynamique. Au commencement est le secret, l'entre-eux.
La matière la plus dense, la pierre, est incarnée à l'aide de jus, dont la fluidité demeure sensible. Constellées de taches, rythmées de traces suggérant l’évaporation, les parois des falaises paraissent insaisissables. A l'inverse la floraison des pommiers, constituées de touches épaisses, confère aux pétales une troublante invulnérabilité. « Tous les êtres circulent les uns dans les autres » écrivait Diderot. « Tout minéral est plus ou moins plante (...) Qu'est ce qu'un être ? La somme d'un certain nombre de tendances ».
Interrogeant ces dernières, Stéphane Erouane Dumas célèbre; la magie de leurs combinaisons. Toute densité est relative; toute présence constituée d'énergies concentrées, imbriquées.
Fleur de printemps ou relief d'usure, chacun des motifs animant les sujets est ainsi extrait de son contexte chronologique. Dans ces peintures, le temps ne passe pas, il agit. Nul cycle, rien qu'une évolution. Pas de hiérarchie, beaucoup de présence- La puissance suggérée est moins issue d'une transmission que d'une combinaison.

Pour preuve, la récente série consacrée au thème du frêne têtard, étonnante curiosité naturelle : de tels arbres combinent en effet de vieux troncs trapus avec de fins et longs rejets, donnant à ces arbres simultanément très vieux et très vivants une silhouette auréolée, cocasse parfois. Dialogue des origines ancestrales, définitivement campées, avec leurs héritières énergies, vives et souples... Jeunes pousses et vieux troncs forment ici un clan contrasté, mais doivent vivre ensemble pour exister. On ne descend pas d'une lignée, on en jaillit, voilà ce qui est dit. Et aussi qu'il est possible, voir recommandé, de fleurir pour s'échapper.
Une pareille remarque s'applique aux arbres peints précédemment par l’artiste, à la manière particulière qu 'il a de privilégier les pommiers normands, les arbres à troncs courts et frondaisons immenses : moins qu'un tronc, il faut y voir une méditation sur l'ancrage solide, la force issue du contact opéré à juste distance.
Le rai de lumière ou d'ombre qui filtre entre le feuillage et la terre, là où le tronc provoque un écart, s’il met à distance la racine du bourgeon, n'en renforce pas moins la nécessité de leur attache, en démontre la valeur. Le petit pan de ciel clair qui se faufile là, « entre », rendant les lisières rougeoyantes, les limites incandescentes, vaut tous les discours sur l'équilibre engendré par le dialogue, ou plutôt le face à face. L'œuvre de Stéphane Erouane Dumas ne parle pas d’héritage: elle célèbre la transmission.


Françoise Monnin, 2006.







Stephane Erouane Dumas. La traduction littorale.

Un homme, un rivage...

Cette belle, cette éternelle histoire, on se souvient que la peinture nous l’a déjà racontée, au moins à deux fortes reprises, à l’aube et a déclin du romantisme.

1/ Moine au bord de la mer. Caspar David Friedrich. 1810. Berlin, musée de Charlottenbourg.

Minuscule, une robe de bure vue de dos promène ses pas et son regard au bord de l’immense et du sombre, en lisière du sans-fin. Humblement, le fini s’approche de l’infini, fait de sa stupeur une offrande et de l’horizon son oraison.

2/ Bords de mer à Palavas. Gustave Courbet. 1854. Montpellier, Musée Fabre.

Ici le peintre, dont on sait qu’il ne souffrait ni de modestie ni de mysticisme, se représente, certes tout petit devant le grandiose, mais le saluant quand même avec l’orgueilleuse emphase d’un Rastignac cosmique : “Infini, à nous deux !”. L’horizon n’est plus comme dans le cas précédent, la dernière icône possible du sacré, mais une des premières allégories d’un avenir humain dont certains commencent à proclamer qu’il s’annonce radieux.
Mais, si séparées semblent-elles entre romantismes cosmique et historique, les deux oeuvres se rejoignent au fond par l’unique sujet dont elles traitent : l’horizon.
Elle partagent une même rhétorique où le rivage est la meilleure figure possible pour dire la rencontre, extasiée ou exaltée qu’importe, du regard et de l’horizon, de l’esprit et de l’infini.

Un homme, un rivage...

A la fin du siècle suivant, voici une oeuvre dont le rivage est l’unique sujet, l’unique territoire, le seul questionnement. Presque depuis son origine, la peinture de Stéphane Erouane Dumas ne dit, n’examine et ne décline que le rivage, sa géographie, sa géologie, sa botanique, sa zoologie...Et d’un seul rivage, qui s’étend presque moins en longueur qu’en largeur et épaisseur, non loin de Varengeville, sur la côte normande. Mais ici, pour des dizaines d’images de rivages, pas un seul horizon. Il vaudra qu’on y réflechisse.

Cette oeuvre n’envoie pas le regard voguer au loin sur des vagues, des nuées et des songes, mais le maintient ici, au plus près et au plus précis de la rencontre en terre et mer, serré sur les sables et la craie, la coquille, les racines, le varech...Le rivage n’est plus ici le lieu paradigmatique d’un grandiose dialogue avec l’infini, mais celui d’un entretien intime avec l’infime.

Qu’est-ce alors, précisément, que le rivage en cette oeuvre ?
De quoi y est-il figure ou lieu ?
N’y aurait-il d’ailleurs pas un meilleur terme pour nommer l’espèce d’espace constituant l’unique champ de travail ?
Littoral, peut-être, pourrait déjà mieux convenir, en ce qu’il désigne moins une simple ligne, trop abstraite, qu’un frange, une surface frontalière et un écosystème. Mais il est un autre mot, très beau et un peu oublié, qui semble serrer d’encore un peu plus près l’essence très particulière de l’espace exploré par cette oeuvre.
L’estran. Ouvrons le Petit Robert des noms communs :
ESTRAN : n. m. (1687) ; mot normand, du vieux français estrande “rivage”. Geogr. Portion du littoral entre les plus hautes et les plus basses mers.

C’est le mot entre qui est ici important, et qui nous fait préférer à tout autre le terme d’estran pour nommer l’espace où s’emploie et se déploie le travail de Stéphane Erouane Dumas. Ce qui l’intéresse en effet dans le rivage, ce n’est pas tellement qu’il soit une limite, moins encore le bord extrême et vertigineux où le fini s’abîme en l’infini, c’est surtout qu’il est un presque lieu, un territoire flou, interlope, vaguant au gré des heures et des marées entre le solide et le liquide, l’inerte et le mouvant, l’humide et l’aride, un champ indécis où acquitter le monde au bénéfice du doute.

En somme, le terrain vague par excellence. Et, par excellence ainsi, le terrain idéal à offrir à l’art pour qu’il s’en empare aux fins de le connaître, de le préciser et de l’organiser. C’est-à-dire, si l’on regarde bien la question au fond, la traduction littérale, littorale et radicale du principal problème de l’art de ce temps, celui de la création.

“Avant que la terre n’emergeât de l’océan et ne devint terre ferme, régnait le chaos; et entre les laisses de haute mer et de basse mer, là où elle est en partie dévoilée et émergeante, une sorte de chaos règne encore, que seules peuvent habiter des créatures anomales” Herny Thoreau, Cape Cod.

On se doute bien que le grand connaisseur de la Biblie qu’était ce poète américain n’a pas noté cela sans penser à la fameuse seconde phrase de la genèse : “Or la terre était vague et presque vide d’un univers en gésine qui constitue le sujet et l’aire de déploiement de cette peinture.
Port d’embarquement pour l’avenir et l’horizon chez les romantiques, le rivage est ici point d’ancrage aux origines, et de départ vers les possibles.

Par ailleurs...
Par ailleurs y a-t-il, peut-il y avoir espace plus parfait que celui-ci pour laisser courir l’art entre toutes les questions qu’il se pose depuis toujours et nous manifeste aujourd’hui plus que jamais ?

Entre la matière et le concept
entre l’icône et l’abstraction
entre le bruit et le rythme
entre le même et l’autre
entre l’affirmation d’un savoir-faire
et l’aveu d’un non-savoir que faire

Ce que nous dit brutalement et subtilement cette oeuvre, c’est que le rivage est peut-être le dernier visage que l’on puisse aujourd’hui donner encore au monde.
Visage ballotté de sac en ressac, balancé entre vastes grèves et tempêtes équinoxiales.
Visage actuel du monde, un rivage sans horizon.
Un littoral pauvre, mais ample. Et empli de toutes les richesses cachées.
Et puis de la lumière. Et de l’espoir de retrouver un horizon.

Par ailleurs...
Un homme... un rivage.
Un homme et un rivage tout autour de lui.
Il y a, en cette exposition, un tableau tout à la fois atypique (le seul à comporter une figure humain) et centra; : “Le peintre dans sa flaque”.
Autoportrait de l’artiste, à demi immergé dans une petite mer, au centre d’un monde incertain mais piqué de gnomons qui ne sont là que pour montrer leurs ombres et manifester ainsi qu’ailleurs est un autre centre.
Mandalas à deux centres : celui, visible, de l’artiste, de son visage. Et celui, hors-champ, de la source lumineuse.

Des siècles durant, on a pensé que l’homme était au centre du monde. Depuis près d’un siècle, on croit savoir que le monde n’a plus de centre. Ou que s’il en a un, il est bien loin du coeur de l’homme.

Mais si, maintenant, et entre autre par la voie de cette oeuvre superbe, il s’agissait de commencer à découvrir que l’homme et l’univers sont l’in à l’autre, mutuellement, réciproquement, incessamment, centre et rivage, horizon et visage ?

“Eléments de littoralité...
Rhétorique du rivage...
Ecriture côtière...
Géopoétique...
Les trois points de suspension sont le signe d’une ouverture dans laquelle je vais continuer, plus ou moins maladroitement (mais aucune habilité ne m’aiderait), comme un de ces crabes, à tâtonner.
Pour le moment, heureusement, la marée monte.
Jouissons-en.”

Kenneth White. Le plateau de l’Albatros.


Gérard Barrière, 1995

 

Galerie Koralewski, 92, rue Quincampoix 75003 Paris tel : +33 (0)1 42774893   
galerie.koralewski@orange.fr